Les Grenadines : exploration
Les Grenadines, ce sont les Caraïbes que les brochures promettent mais livrent rarement : un chapelet de trente milles, fait de petites îles et de récifs, qui descend de Saint-Vincent vers Grenade, suspendu dans une eau claire et balayé par un alizé régulier. Pas de mégaports à paquebots ici, pas de complexes en tours, seulement des villages de pêcheurs, des plages bordées de palmiers, des lagons broutés par les tortues et l'une des plus belles navigations à vue qui soient. Les îles sont assez proches pour que l'on voie souvent le mouillage suivant depuis le dernier, et l'alizé souffle avec une telle constance que ce terrain compte parmi les plus fiables de la planète. Voici comment la chaîne se navigue réellement à la voile.
Une chaîne que l'on voit jusqu'au bout
Les Grenadines se partagent politiquement entre Saint-Vincent-et-les-Grenadines au nord et Grenade au sud, mais pour le marin elles forment un archipel continu. Depuis Bequia, juste au sud de Saint-Vincent, les îles s'égrènent en séquence — Mustique, Canouan, Mayreau, les Tobago Cays, Union Island, Petit Saint-Vincent — puis Carriacou et Grenade. Le plus long bord ouvert dépasse rarement 25 milles, la plupart sont bien plus courts, l'île suivante dessinée nettement à l'horizon. L'eau est profonde, généralement nette de dangers dans les chenaux, parsemée de récifs qui exigent une navigation à l'œil par bonne lumière. On apprend à lire la mer à sa couleur : cobalt pour le profond, turquoise pour le sable, brun pour le corail.
Le moteur des alizés
L'alizé de nord-est est le compagnon constant de toute croisière aux Grenadines, soufflant régulièrement de l'est-nord-est à 15-25 nœuds pendant la haute saison de décembre à avril. Cela fait de la chaîne un près ou un largue selon le cap : descendre au sud est en général un largue rapide sur le bon bord, tandis que la remontée au nord tient davantage du louvoyage. La fiabilité est le plaisir — on planifie autour du vent parce qu'il souffle, tout simplement, jour après jour. Le revers, c'est l'état de la mer : les chenaux ouverts entonnoirent la houle, et les zones d'accélération du vent au large des pointes peuvent délivrer 30 nœuds dans les rafales. Prenez un ris tôt, calez les traversées de chenal le matin quand l'alizé est souvent le plus faible, et respectez le courant portant à l'ouest dans les passes.
Bequia : l'île des marins
Bequia, à sept milles au sud de Saint-Vincent par le canal de Bequia, est l'âme des Grenadines du nord et la première escale naturelle. Admiralty Bay est un large mouillage bien protégé devant Port Elizabeth, avec un front de mer vivant, des charpentiers de marine, des voiliers et une longue tradition de chasse à la baleine et de navigation. L'île détient encore un quota traditionnel limité de chasse à la baleine, et les ateliers de maquettes de bateaux le long du rivage sont célèbres. C'est là qu'on entre, qu'on s'avitaille convenablement, qu'on fait l'eau et le carburant, et qu'on se prépare avant de descendre la chaîne. La marche jusqu'à Princess Margaret Beach et Lower Bay vaut une journée de relâche, et le fond tient bien dans le sable une fois dégagé de l'herbe.
Les Tobago Cays : le joyau
Si les Grenadines ont un mouillage emblématique, ce sont les Tobago Cays — cinq îlots inhabités à l'abri du grand arc de Horseshoe Reef, un parc marin où l'on mouille en eau turquoise sans rien entre soi et l'Afrique qu'un mur de corail qui brise la houle atlantique ouverte. Les tortues vertes broutent les herbiers, le snorkeling sur le récif est superbe, et des vendeurs en barque apportent la langouste grillée sur la plage. Le parc perçoit un droit journalier, on mouille sur sable uniquement pour protéger corail et herbe, et la tenue peut s'animer quand l'alizé siffle par les brèches du récif. C'est fréquenté en saison mais cela reste, un matin calme, l'un des plus beaux endroits du monde où s'éveiller à flot.
Mustique et Canouan : deux visages
Entre Bequia et les cays du sud se trouvent deux îles contrastées. Mustique est l'île célèbre pour sa discrétion, refuge-resort géré de près avec une poignée de corps-morts à Britannia Bay administrés par la Mustique Company ; on prend un corps-mort au lieu de mouiller, le légendaire Basil's Bar surplombe l'eau, et l'atmosphère est exclusive et ordonnée. Canouan, plus au sud, a vu pousser une marina et un complexe de luxe à son extrémité nord tout en gardant un village assoupi et de bons mouillages au sud. Les deux méritent une halte, mais elles montrent les deux directions vers lesquelles les Grenadines sont tirées : richesse discrète d'un côté, vie insulaire active de l'autre.
Les îles du sud : Mayreau, Union, les PSV
Au sud des cays, la chaîne s'achève en un bouquet de petites îles. Mayreau est minuscule et charmante, avec la fameuse plage à double face de Saltwhistle Bay où l'on a la Caraïbe calme d'un côté et le ressac atlantique de l'autre à quelques pas. Union Island, avec ses pics spectaculaires et le port de Clifton derrière son récif, est le point de clairance du sud et un carrefour animé doté d'une piste et de ravitaillement. Au-delà se trouvent Palm Island et Petit Saint-Vincent, deux resorts d'île privée, et Petit Tabac, le cay désert servi de décor de cinéma. De là, Carriacou et Grenade prolongent la chaîne au sud, mais les Grenadines proprement dites gardent leur meilleur pour ce croissant méridional.
Pratique : clairance, corps-mort et saison
Naviguer aux Grenadines, c'est franchir une frontière internationale au milieu de la chaîne : Saint-Vincent-et-les-Grenadines au nord, Grenade au sud, chacune avec sa propre clairance dans des ports comme Port Elizabeth, Clifton, Hillsborough et Saint-George's. Le mouillage est libre sur sable la plupart du temps, mais les Tobago Cays perçoivent un droit de parc et Mustique utilise des corps-morts payants ; les boat boys qui proposent aide au mouillage, eau et fruits font partie de la culture, un pourboire juste est attendu. La haute saison court de décembre à avril, sèche et ventée ; la saison cyclonique de juin à novembre place l'essentiel hors de la ligne d'assurance, bien que les Grenadines soient près du bord sud de la ceinture. L'avitaillement est bon à Bequia et Union, plus maigre ailleurs — faites le plein où vous pouvez.
Sur la carte
Peu de terrains de croisière se laissent imaginer aussi aisément comme une ligne sur la carte que les Grenadines, où le mouillage suivant est en général visible depuis le dernier et où tout l'archipel s'étire sur trente milles de mer d'alizé. Ouvrez la carte interactive pour tracer la chaîne de Bequia aux Tobago Cays jusqu'à Union Island, et voir comment récifs et chenaux façonnent chaque passage. Planifiez une route qui descend au sud sur le largue favorable, s'attarde un matin calme derrière Horseshoe Reef, et garde la longue remontée au près pour la partie la plus régulière de la journée.