Le matériel de sécurité indispensable en croisière
Le matériel de sécurité, c'est là que les plaisanciers dépensent en silence trop pour les mauvaises choses et trop peu pour les bonnes. Le shipchandler récompense l'angoisse : un radeau hauturier, un sac de survie de première catégorie et des communications satellite redondantes se vendent facilement à un nouveau propriétaire inquiet qui ne navigue jamais hors de vue des côtes. L'approche honnête est plus froide et moins chère. On achète du matériel adapté aux pires conditions que votre zone réelle peut produire, on dépense d'abord pour ce qui maintient une personne attachée au bateau et respirant, et on accepte qu'un équipage bien entraîné avec un matériel modeste est bien plus sûr qu'un équipage effrayé entouré de gadgets que personne ne retrouve. Ce qui suit hiérarchise par zone de navigation, de la baie à la journée jusqu'à la traversée océanique, avec un budget qui ne prétend pas être infini.
Garder les gens à bord : le matériel qui compte le plus
Le fait le plus important de la sécurité en croisière, c'est que récupérer une personne consciente sur le pont est facile, et qu'en récupérer une inconsciente dans l'eau est désespérément difficile. Tout ce qui maintient l'équipage attaché au bateau vient donc en premier. Cela signifie un gilet de qualité pour chaque personne à bord, idéalement un modèle gonflable automatique d'au moins 150 newtons avec sangle de fourche et capuche anti-embruns, ajusté à chacun plutôt que jeté dans un coffre. Cela signifie des lignes de vie tendues de l'avant à l'arrière, pour que la longe se clippe avant de quitter le cockpit, et des longes à largage rapide à la poitrine. Ajoutez une balise AIS personnelle clippée dans chaque gilet : à environ cent cinquante euros pièce, c'est l'achat de sécurité au meilleur rapport sur la plupart des bateaux, car il transforme une tête invisible dans les vagues en un point précis sur tous les traceurs voisins et en une alarme homme à la mer.
Gilets et longes : ajustement, entretien, discipline
Un gilet ne fonctionne que s'il est porté, entretenu et à la bonne taille, et la plupart des défaillances sont humaines plutôt que mécaniques. Les gilets gonflables exigent un contrôle annuel de la cartouche de gaz et du percuteur ; la pastille ou le mécanisme hydrostatique porte une date de péremption imprimée, et un dispositif périmé peut ne pas gonfler. Fixez une règle de bord adaptée à votre bateau et tenez-vous-y : beaucoup imposent gilet et longe de nuit, dans la brume, lors de la prise de ris, et chaque fois qu'une personne est seule sur le pont. Un enfant a besoin d'un gilet dimensionné à son poids, avec sangle de fourche et boucle de relevage, jamais d'un gilet adulte dégonflé. La discipline compte plus que la marque : un gilet bon marché porté et réglé chaque fois vaut mieux qu'un gilet haut de gamme laissé en bas parce qu'il gênait.
Appeler à l'aide : VHF, ASN, AIS et EPIRB
Le matériel de communication doit être étagé pour qu'aucune panne unique ne vous réduise au silence. Le socle est une VHF fixe avec ASN, enregistrée avec votre numéro MMSI et reliée au GPS, pour qu'une pression sur le bouton de détresse envoie votre identité et votre position à tout navire et toute station côtière à portée. Ajoutez une VHF portative en secours et pour le radeau. En navigation côtière à une vingtaine de milles d'une côte fréquentée, ASN et AIS amèneront du secours rapidement. Passez dans des eaux qu'aucun hélicoptère ni canot de sauvetage ne peut atteindre à temps, et le tableau change : une balise EPIRB, enregistrée à votre bateau, alerte par satellite un centre de coordination depuis n'importe où en quelques minutes. Une balise personnelle fait de même pour un individu. Adaptez l'outil à la distance, et enregistrez chaque balise, car une alerte non enregistrée gaspille les minutes mêmes qu'elle devait sauver.
La question du radeau : quand il est vraiment nécessaire
Un radeau de survie est le poste le plus cher qu'achètent bien des croiseurs, et pour une grande part de navigation côtière, le moins susceptible d'être utilisé, car le bon réflexe d'un bateau côtier en difficulté est souvent de rester avec le bateau et d'appeler. Réservez de l'argent sérieux pour un radeau quand votre navigation vous emmène hors de portée de la nage ou d'un sauvetage rapide : traversées hauturières, longues navigations au large, côtes isolées. Achetez alors la bonne spécification, un radeau hauturier avec tente, lest stable et trousse de survie complète, et faites-le réviser dans les délais, car un radeau non révisé est une boîte rassurante qui peut faillir à l'ouverture. Pour la navigation côtière à la journée en eaux chaudes et fréquentées, ce même budget passe souvent mieux dans des gilets, des balises AIS et un moteur fiable.
Feu, voie d'eau et le compartiment moteur
Les urgences qui coulent et brûlent réellement les voiliers de croisière sont banales : un feu électrique, une durite de carburant usée, un collier de serrage défaillant sous la flottaison. Emportez le bon nombre d'extincteurs en cours de validité, au moins un près de la cuisine et un accessible depuis le cockpit sans traverser le feu, plus une couverture anti-feu près du réchaud et un extincteur automatique dans le compartiment moteur. Contre la voie d'eau, gardez des tampons de bois tendre amarrés à chaque passe-coque, pour qu'une vanne défaillante se bouche en quelques secondes, et sachez que la prise d'eau de mer du moteur peut être le plus gros trou imprévu du bateau. Assurez-vous que les pompes de cale fonctionnent, manuelle et électrique, que la pompe manuelle se manœuvre depuis la barre, et qu'une alarme de niveau vous réveillera. Un seau, dit le vieil adage, reste la pompe de cale la plus puissante qui soit.
Trousse médicale, secours de navigation et sac de survie
La dernière couche est le matériel qui vous permet de continuer quand les systèmes principaux lâchent. Une trousse médicale dimensionnée à votre distance d'une aide professionnelle, du coffret côtier à la trousse hauturière avec médicaments sur ordonnance et un contact de télémédecine, a sa place sur tout croiseur. La navigation exige de la redondance : un GPS portatif, des cartes papier de la zone et un compas fiable, pour qu'une batterie à plat ou un traceur mort soit un désagrément, pas une crise. Pour toute traversée hors de portée d'un sauvetage facile, préparez un sac de survie saisissable en quelques secondes, contenant la VHF portative, l'EPIRB ou la balise personnelle, de l'eau, des feux, une lampe, de la crème solaire et tout médicament vital. Le meilleur matériel de sécurité ne coûte rien et ne pèse rien : un équipage qui a répété la manœuvre d'homme à la mer, sait où se trouve chaque objet, et a anticipé le jour où tout tourne mal.
Sur la carte
Les priorités de sécurité changent avec l'eau que l'on navigue, et voir sa zone déployée rend les choix concrets. Sur la carte interactive, vous pouvez retracer la distance réelle qui sépare vos navigations d'une station de sauvetage ou d'un port abrité, où commencent les traversées au large et où le secours reste toujours proche. Adaptez le matériel aux distances que vous y voyez, et vous dépenserez votre budget sécurité pour ce qu'exige vraiment votre navigation, et non pour ce que suggère la peur.