Réglage des voiles : aller plus vite avec ce qu'on a
La plupart des bateaux de croisière naviguent aux trois quarts de leur potentiel, non parce que les voiles sont usées ou la carène sale, mais parce que personne à bord ne s'est vu montrer la demi-douzaine de réglages qui transforment une toile en aile efficace. Le réglage des voiles n'est pas un art obscur réservé aux régatiers en polos assortis ; c'est un ensemble de relations de cause à effet que l'on ressent dans la barre et que l'on lit sur quelques rubans collés à la voile. Faites-les bien et le bateau se redresse, pointe plus haut, se barre tout seul et arrive une heure plus tôt — le tout avec l'équipement que vous possédez déjà. Voici le réglage expliqué au croiseur qui veut des résultats, pas une régate.
Les penons : la voile dit ce qu'elle veut
L'outil de réglage le plus utile ne coûte presque rien : de courts brins de laine ou de ruban de voile collés de part et d'autre du génois, une largeur de main derrière le guindant, à trois hauteurs. Ils montrent l'écoulement de l'air. Quand les penons au vent et sous le vent filent tous deux droit vers l'arrière, l'air glisse proprement sur les deux faces et la voile travaille. Si le penon au vent se soulève et danse, vous serrez trop le vent ou l'écoute est trop bordée — abattez ou choquez jusqu'à ce qu'il se calme. Si celui sous le vent faseye ou décroche, vous êtes trop abattu ou l'écoute trop choquée — lofez ou bordez. La règle est simple : barrez vers le penon au vent agité, bordez vers le penon sous le vent agité. Cinq minutes d'observation enseignent plus que cinq saisons d'à-peu-près.
Le vrillage : le réglage le plus mal compris
Regardez de l'arrière une grand-voile bien réglée et vous verrez le haut un peu plus ouvert que le bas. C'est le vrillage, et il existe parce que le vent en altitude est plus rapide et vient d'un peu plus de l'arrière qu'au ras du pont, le frottement freinant la couche de surface. Le vrillage permet à chaque partie de la voile de rencontrer le vent au bon angle en même temps. Trop peu de vrillage et le haut décroche, gîtant le bateau sans le propulser ; trop et le haut gaspille la puissance voulue. Vous réglez le vrillage de grand-voile surtout à l'écoute et au hale-bas : bordez davantage ou halez le hale-bas pour fermer la chute et réduire le vrillage, choquez l'un ou l'autre pour l'ouvrir. Sur le génois, la position du chariot fait le même travail, traité juste après.
Le chariot d'écoute et le chariot de génois : l'angle sans perte de puissance
Deux commandes coulissantes font discrètement l'essentiel d'un bon réglage. Le chariot de grand-voile déplace la bôme d'un bord à l'autre sans changer la traction vers le bas, si bien que vous réglez tension de chute et vrillage à l'écoute, puis placez la bôme au-dessus de l'axe au près ou sous le vent quand la brise force. Faites descendre le chariot sous le vent dans une risée et le bateau lâche sa gîte aussitôt tout en gardant la voile pleine — bien mieux que de tout choquer. Le chariot de génois fait l'équivalent pour le génois : avancez-le pour tendre la bordure et ouvrir le vrillage du haut par petit temps ou risées, reculez-le pour aplatir la bordure et donner de la puissance au bas. Quand les penons du génois cassent uniformément du haut en bas, le chariot est bien placé.
Puissance et creux : drisses, bordure et pataras
Une voile est une aile dont on change le creux. Par petit temps on veut une forme creuse et puissante ; dans une brise montante on la veut plate pour réduire gîte et ardeur. La bordure règle le creux du tiers inférieur de la grand-voile : choquez-la pour la puissance au portant, étarquez-la pour aplatir le bas quand on est surtoilé. La tension de drisse et de cunningham avance le point de creux maximal — important car, le vent montant, le creux recule et la barre devient lourde, alors tendre le guindant le ramène à sa place. Sur un gréement en tête de mât, le pataras cintre le mât et aplatit toute la grand-voile d'un coup ; même un réglage modeste transforme le bateau à quinze nœuds. Voyez cela comme des vitesses : creux et rond par petit temps, plat et ouvert quand le vent monte.
Les allures et ce qui change
Le réglage ne se fait pas une fois pour toutes ; il change à chaque modification de cap par rapport au vent. Au près, écoutes bordées, voiles plates, penons filant, on règle pour le cap et l'équilibre. Abattez au largue et tout se choque : écoutes filées jusqu'à ce que les penons au vent se soulèvent juste, puis on reborde un soupçon. Au grand largue et au vent arrière, le génois s'effondre derrière la grand-voile, et c'est là qu'un génois tangonné ou une voile de portant gagne sa place, le hale-bas prenant le relais de l'écoute pour le vrillage. La méthode universelle vaut à toute allure : choquez jusqu'à ce que le guindant ou le penon au vent montre que la voile faseye, puis bordez juste assez pour la garder pleine. Choquer, observer, border — à chaque changement d'allure.
Lire le bateau : barre, gîte et équilibre
Le bateau lui-même est un instrument de réglage si l'on apprend à le sentir. Quelques degrés d'ardeur — cette douce traction qui pousse le bateau à lofer — sont rapides et sûrs, signe que le gréement est équilibré et que la quille mord. Une ardeur lourde et combative, c'est le bateau qui supplie qu'on dépuissance : aplatir la grand-voile, descendre le chariot, tendre le pataras ou prendre un ris. La gîte excessive n'est pas de la vitesse, c'est de la dérive et de la traînée ; la plupart des croiseurs vont le plus vite entre quinze et vingt degrés et ralentissent au-delà de vingt-cinq. Fiez-vous à vos reins avant vos instruments — un bateau qui s'allège soudain à la barre et se redresse vient d'être mieux réglé, et le loch le confirmera en quelques minutes. L'équilibre, non la surface de toile brute, rend une traversée confortable.
Le ris comme réglage, non comme retraite
Le dernier réglage, le plus sous-estimé, est de réduire la toile. Prendre un ris n'est pas s'avouer vaincu ; c'est changer de vitesse pour les conditions, et un bateau bien arisé à vingt-cinq nœuds est plus rapide, plus sec, plus droit et bien plus confortable qu'un bateau surtoilé qui enfourne son liston. La vieille sagesse tient : l'instant où vous vous demandez s'il faut ariser est l'instant d'ariser. Un ris aplatit la voile, abaisse le centre de poussée, réduit gîte et ardeur, et souvent augmente même la vitesse en laissant la carène naviguer droite. Exercez-vous à ariser par temps calme jusqu'à le faire en deux minutes, et larguez de même quand la brise faiblit. Régler ses voiles, au fond, c'est simplement donner au bateau la bonne quantité de la bonne forme pour le vent qu'il a maintenant.
Sur la carte
Un bon réglage rend chaque traversée plus rapide, plus douce et plus gratifiante, que l'on franchisse une baie ou un océan. Planifiez votre prochain bord sur notre carte interactive, où vous pouvez étudier les vents dominants et les angles de largue, de près et de portant que chaque route imposera, puis gréez et réglez avec cette image en tête. Ouvrez la carte et choisissez une traversée où mettre penons, vrillage et chariot au travail.